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Intro to Vita da Bambina, written by Asia Argento
INTRO A VITA DA BAMBINA. (vie de petite fille)
Traduction par Laura, a very nice french big fan of Asia and diva from Paris
(link to original page)
J'avais neuf ans, et mes parents étaient sur le point de se séparer. L'école venait juste de commencer et moi, pour m'entraîner à la baston avec mes camarades de classe, j'avais placé un oreiller sur la table de la cuisine. Ma sur Fiore était assise sur un tréteau et regardait " Alice " à la télé, une série américaine. Moi, je m'exerçais sans faire de bruit, je ne voulais déranger personne, je voulais juste me muscler, en vue de l'année scolaire. J'attaque l'oreiller en faisant une prise de karaté oblique. Malheureusement, je le loupe et je me cogne contre la table. Je lance involontairement un cri inhumain, déchirant, comme celui d'un animal blessé, un de ces cris que seuls les enfants de neuf ans sont capables d'émettre. Ma sur, irritée, se retourne et me lance un " shhhh " tranchant pour me faire taire. Je cours dans la chambre en pleurant et en miaulant, invoquant mon père. Je me souviens qu'à l'époque je l'avais surnommé Lapis.
Quand mes parents rentrèrent à la maison, j'étais toujours en train de pleurnicher. Ma mère observa ma main enflée et déclara qu'il devait s'agir d'une micro-fracture. Le fait de connaître l'origine de ma douleur me rassura au point que je cessai de pleurer et je me mis à accepter de plein gré les câlins qui m'étaient offerts. La main continua de me faire très mal. Les jours qui suivirent, mes parents oublièrent de m'emmener chez le médecin pour me faire contrôler. Malheureusement ils étaient trop occupés à penser à leur séparation.
A l'école je souffrais beaucoup lorsque je devais écrire, ma main était tout enflée et on se moquait de moi en me surnommant elephantman. Plus d'un mois s'était écoulé et ma grand-mère arriva à Rome. Lorsqu'elle vint nous rendre visite et qu'elle vit ma patte cassée en me demandant ce qui m'était arrivé, je lui répondis qu'il s'agissait d'une micro-fracture, rien de grave. Elle me demanda si c'était le docteur qui avait dit ça et quand je lui dis que personne n'avait eu la possibilité de m'y emmener, je crois que ma grand-mère pâlit, ou peut-être pas, peut- être qu'elle faisait comme si de rien n'était, elle appela un taxi et me conduisit directement chez le radiologue. Le métacarpe était fracturé au centre : on le voyait clairement sur la radiographie, avec tous les fragments d'os qui flottaient autour. Le docteur dit que c'était plutôt sérieux " et calcifié ". Cela me terrorisa. Sans attendre, je téléphonai à ma mère pour l'engueuler et lui dire qu'il ne s'agissait pas d'une micro-fracture, mais d'un métacarpe fracturé au centre, et qu'il s'était mal, très mal calcifié. Bref, la situation était grave et on avait intérêt à me chouchouter pendant au moins une semaine, parce que sinon, j'aurais été capable de bouder pendant un jour ou deux.
Le lendemain matin, papa vint nous chercher (c'était la première fois que je le voyais depuis qu'il était parti de la maison, c'est-à-dire trois semaines) et nous emmena à l'hôpital. Un infirmier qui avait les doigts tous rongés par les radiations m'attrapa la main et " CRACK ! ", la sensation que j'éprouvai alors fut comme s'il me l'avait arrachée. Mais il me l'avait simplement décalcifiée. Lorsqu'ils firent la radiographie, ils découvrirent que l'os était toujours cassé. Alors on décida de m'opérer. On m'a enfilé un petit masque qui m'a endormi, ou plutôt qui m'a fait tout oublier, et lorsque je me suis réveillée, j'avais la nausée et envie de pleurer. J'avais rêvé que je mangeais un poulet vert en plastique. Ma main me faisait un mal horrible, mais ils m'avaient mis un plâtre et j'aimais bien la sensation de cette sorte de bouillie humide sur ma douleur. J'étais contente de voir ma mère avec les yeux gonflés comme si elle venait de pleurer, et papa avec une grande poupée Cabbage Patch toute neuve dans les mains. Je crois que je l'avais appelée Rudy.
Il m'est arrivé un tas de choses horribles dans ce genre quand j'étais petite. Peut-être que j'avais pas de bol. Je ne veux pas qu'on me plaigne ni faire la victime, surtout parce que ces choses sont arrivées il y a longtemps et que je crois avoir pardonné mes parents après tout, je crois qu'ils ont fait de leur mieux jusqu'à la fin. Peut-être que vous pouvez comprendre un peu mieux pourquoi aujourd'hui je suis celle que je suis. Et être un peu plus gentils.
" La famille est la racine de tous les maux ", a dit Fassbinder ou mon père, je ne me rappelle plus. Lorsque j'ai découvert Phoebe Gloeckner, j'avais 16 ans et je vivais à New York. Je fus marquée par la couverture d'un livre, " Angry Women ", qui représentait la plus impitoyable des Medusa. Dans ses cheveux étaient cachés, au-delà des serpents marron, des rats, des fusées, des abeilles et des téléphones portables. Je ne me souviens pas de ce que j'ai ressenti, probablement juste de la curiosité fébrile (il contenait les travaux des performances d'artistes telles que Diamanda Galas, Carolee Schneemann), mais j'ai la certitude que si aujourd'hui j'en suis une -une jeune femme guerrière-je le dois en partie à ce livre. Par conséquent, cette image est un peu un heimat, l'origine et le certificat de ma rage.
Quand Jorge Vacca des Topolin Editions me demanda d'écrire une préface pour " Vie de petite fille " de Phoebe Gloeckner, j'ai répondu " bien sur, ça serait avec joie ! ", et j'étais vraiment -joyeuse- j'étais honorée de contribuer à la diffusion de l'uvre de cette grande artiste américaine en Italie. Je ne pensais pas que j'aurais eu autant de difficultés pour accoucher de ces quelques mots.
Comment décrire le monde hyper réel et cruellement surréel de Phoebe Gloeckner ? La vie en soi est la substance de l'artiste. La pensée en soi est l'instrument de l'artiste. L'art est toujours, en quelque sorte, le miroir de l'homme et de son temps. L'indulgence envers soi-même est absolument nécessaire à la vie en soi, mais les artistes qui arrivent à rendre une autobiographie universelle sont peu nombreux. Phoebe Gloeckner est l'un des plus grands dessinateurs de notre temps. Son livre ne peut être ni lu, ni décrit.
Ce livre peut seulement être subi.
Ecoutez le battement de mon cur dans la seule rédemption possible : le Silence.
Asia Argento
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